Les Mystères du Weiqi
 
                             -- Règles d’Or du Roi --
 
                        d’après Youyi Chen, traduit et adapté par Laurent Lamôle
 

Partie 1 : Tān Bù Dé Shèng   ( 贪 不 得  胜 )


La première règle d’or écrite par Wang est : « Tān Bù Dé Shèng »

Tān = gourmandise, avarice,
= ne pas,
= obtenir
Shèng = victoire, succès.

 « La gourmandise n’apporte pas la victoire ».

Cette règle semble presque évidente : « Ne soyez pas trop gourmand » est un conseil bien connu de presque tous les joueurs de go. Il existe aussi plusieurs proverbes chinois sur ce thème. L’un des plus intéressants d’entre eux nous dit : « Tān Xiǎo Shī Dà », ce qui signifie que « rechercher de petits gains entraîne de lourdes pertes ». En voici un autre encore plus explicite : « Jú Sì Yǐ Yīng, Lì Qiú Jiǎn Mín », qui conseille de « conserver une situation simple, quand la position est gagnante ».


Une particularité amusante de cette règle, est qu’elle est présentée dans certains livres comme : «  Tān Shèng ». En déplaçant "Tān" à la troisième position dans la phrase, " " signifie alors "jamais" et "Tān Shèng" devient "aspirer à la victoire". Cette version révisée veut donc dire qu’ « il ne faut pas vouloir la victoire  » (surprenant, non ?!).

Remporter la victoire est le seul objectif de la quasi-totalité des jeux. Pour beaucoup de joueurs de go aussi, rechercher le gain est la seule manière de mener sa partie. Cependant, il subsiste encore une école de pensée qui considère qu’un joueur doit rechercher la beauté et une certaine idée de la perfection, plutôt que la victoire à tout prix. La victoire ne pourrait alors être comprise que comme un aboutissement de la beauté !?

Parmi les grands joueurs de go des temps modernes, Kitani Minoru peut être considéré comme un exemple de style territorial, alors que la personnalité généreuse de Fujisawa Hideyuki le prédestinait à rechercher la beauté dans sa pratique du jeu. Go Seigen et Nie Weiping peuvent aussi être classé parmi les compétiteurs mettant tout en œuvre pour remporter la victoire finale.

Du coup, il n’est pas évident de savoir laquelle entre « Tān Shèng » et «  Tān Shèng » est la version originelle de Wang Ji Xin. Malgré tout, cela a de bonne chance d’être cette dernière. De plus, il y a peut être une raison supplémentaire de croire en «  Tān Shèng », c’est que beaucoup de jeux chinois anciens sont des jeux basés sur les paris pour lesquels il y a une grosse différence entre gagner une ou vingt pierres. «  Tān Shèng » semble suggérer qu’à un certain niveau, il faille se satisfaire d’un gain correct sans chercher à aller trop loin….

Enfin, pour en finir avec ces quelques analyses, on devra convenir que le go est un jeu oriental, d’une nature particulière par rapport aux autres jeux classiques. Dans ces quelques pages, nous avons en effet parlé de force et de puissance sans qu’il n’y ait de souverain, et de légèreté sans qu’il n’y ait de balance… il nous faut donc conclure que le jeu de go, en tant qu’art, demande d’avantage d’imagination que d’aptitude à compter les points.