Le go dans les astrologies
et philosophies chinoises

 

Dans la culture de la Chine ancienne, le monde est un univers clos, que l’on peut subdiviser en 9 provinces, soit un centre et 8 directions appelées vents. Cet univers, est symbolisé par un carré « magique » qui est la base de l’astrologie divinatoire, et qui permet de situer et numériser les cycles du temps. Ses composantes sont au nombre de 360, chiffre parfait qui représente le nombre de jours du calendrier rituel (à mi chemin entre calendrier lunaire et calendrier solaire). Ce chiffre de 360 est évidemment à rapprocher de 361, nombre d’intersections d’un goban, et aussi total des pierres blanches et noires utilisables. Un goban peut en effet être décrit comme un centre, origine du monde, entouré de 360 autres intersections. Le carré de base, représentant la Terre, se décompose alors en 9 carrés élémentaires, ayant pour centre les 9 points (ou étoiles) marqués sur le goban. Notons que les dénominations utilisées en chinois et en japonais reflètent toujours cette vision du monde : le terme japonais hoshi signifiant bien « étoile » (en chinois xīng wèi, 星位), et tengen, le centre du goban, pouvant se traduire par « centre de l’univers céleste » (en chinois tiān yuán, 天元).

En ce qui concerne les pierres noires et blanches, celles-ci peuvent représenter le Yin (阴) et le Yang (阳) : le jeu de l’ombre et de la lumière, du pair et de l’impair, du négatif et du positif. Avec ces seuls concepts de Yin et de Yang, la philosophie du Yi King (yì jīng, 易经) explique l’énergie contenue dans tous les éléments, ainsi que leur positionnement dans l’univers ; l’être humain étant supposé être à l’image de cet univers.

 

La notion de Tao (dào, 道), plus subtile, apparaît comme étant une combinaison simultanée du Yin et du Yang (signalons qu’en Chine, les lignes du goban sont dénommées dào). Le Tao, c’est la voie, le chemin qu’il faut découvrir pour acquérir la sagesse et l’éternité ; cette recherche imposant de faire le vide en soi, et de se contrôler, afin d’atteindre le non-être. On voit tout de suite que le jeu de go, dont l’objectif est de contrôler des territoires, c’est à dire des espaces vides, s’inscrit tout à fait dans cette mouvance philosophique. Par ailleurs, jouer au go nécessite de maîtriser ses émotions, canaliser son agressivité, et de trouver un équilibre permanent entre attaque et défense… c’est à dire, de progresser vers la voie du Tao !

 Enfin, en illustration, citons l’historien chinois Pan Ku, qui parla ainsi du jeu de go,
au 1er siècle :

" La planche de jeu doit être carrée, elle représente la Terre, et les angles droits signifient honnêteté et droiture. Les pierres sont jaunes et noires : cette distinction signifie le Yin et le Yang. Les groupes dispersés sur le jeu représentent les corps célestes… Les joueurs respectent ce que les règles permettent : c’est la rigueur du Tao. "

 

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